Les Cerrados de la zone tropicale humide du Brésil couvrent 200 millions d’hectares, dont 50 millions sont potentiellement utilisables pour une agriculture intensive. Leur mise en culture à la fin des années 1970 dans l’état du Mato Grosso, à partir de techniques de travail intensif du sol importées des pays du Nord et des grandes monocultures industrielles, a fortement dégradé le capital sol. Pour répondre rapidement et durablement à cet échec, le CIRAD et ses partenaires de la recherche et du développement ont construit dès 1985, puis maîtrisé et diffusé progressivement des systèmes de culture en semis direct sur couverture végétale permanente du sol en accompagnant l’avancée des fronts pionniers dans la région Centre Nord Mato Grosso : d’abord les Cerrados de la région de Lucas do Rio Verde, berceau de l’élaboration des techniques de Semis Direct en Zone Tropicale Humide (ZTH), puis rapidement plus au Nord, en zone de forêts dans les régions de Sorriso et Sinop pour précéder l’arrivée du front pionnier et lui offrir des alternatives diversifiées d’agriculture durable de faible impact sur l’environnement, dès son arrivée. L’adoption massive du Semis Direct de soja sur paille de mil s’est opérée à partir de 1995, sous la forte pression du plan de restructuration économique du président F.H. Cardoso, qui a obligé les producteurs à réduire fortement leurs coûts de production si ils voulaient survivre. Mais le système originel de semis direct créé par le CIRAD et ses collaborateurs brésiliens a été rapidement modifié par les agriculteurs qui l’ont transformé en un système dit de "semi-direct" dans lequel le semis de la biomasse de couverture (mil, sorgho) est effectué à la volée et incorporé par un travail minimum du sol (discage) ; les principales justifications à l’adoption de ce système modifié sont : gain de temps opérationnel et décompaction des sols. Le "semi-direct" a trouvé de plus une légitimité officielle avec l’introduction de la culture cotonnière de haute technologie à la fin des années 1990 (écologiesdes Cerrados et des Forêts), la législation en vigueur exigeant la destruction systématique par voie mécanique (discage) des repousses de coton en post-récolte pour contenir la propagation d’insectes ravageurs très préjudiciables à la culture (pucerons, "bicudo", Anthonomus grandis).Ce système de "semi-direct" (ou TCS = Techniques de Culture Simplifiées) a cependant montré très vite ses limites agronomiques, économiques et environnementales dans les conditions pédoclimatiques de la Zone Tropicale Humide (ZTH), et a confirmé qu’il n’est pas durable : perte continue de carbone qui entraîne la stagnation, voire parfois la régression de la productivité du système devenu très sensible aux variations climatiques interannuelles, à une explosion des nématodes phytophages et des maladies cryptogamiques ; il ne peut se maintenir que par un apport massif d’ intrants chimiques (à des coûts de plus en plus prohibitifs) dont les premières pollutions environnementales sont déjà significatives (eaux de ruissellement, nappes, sols et productions), et de variétés nouvelles toujours plus nombreuses qui doivent intégrer (avec retard par rapport aux besoins de développement) de plus en plus de résistances multiples au fur et à mesure que le capital sol se dégrade. Mais, des solutions existent : le CIRAD et ses collaborateurs ont créés au cours des 15 dernières années de nombreux scénarios diversifiés de développement durable en SCV. Les auteurs analysent les diverses étapes qui ont présidé à la genèse de la construction des SCV qui sont issus de l’ingénierie écologique au service du développement et évaluent l’évolution de leurs performances croissantes. Ces systèmes, qui fonctionnent à l’image de l’écosystème forestier dont ils sont inspirés, ont été perfectionnés au cours du temps aux plans écologique, agronomique et technico-économique. Ils offrent, aujourd’hui, toutes les garanties de l’agriculture durable : de plus en plus productifs (de 23 à plus de 30 t/ha de phytomasse sèche annuelle), avec de moins en moins d’intrants chimiques, donc des coûts de production en baisse, ils sont tous construits sur une reconquête de la biodiversité fonctionnelle = rotations de cultures (soja, riz, coton et cultures de succession), intégration Agriculture - Elevage, sols toujours protégés sous couvertures mortes et/ou vivantes, biologiquement très actifs, qui séquestrent efficacement le carbone, favorisent la rétention des nutriments (CEC plus élevée), réduisent l’incidence des maladies et des nématodes phytophages, fonctionnent en circuit fermé comme la forêt (recyclage profond des bases et nitrates,injection de carbone en profondeur, hors des atteintes anthropiques) et garantissent la qualité biologique des sols et des productions. Les grandes voies d’une gestion progressivement plus organique des principales cultures dans les SCV sont abordées avec des résultats très prometteurs. Read more...